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Bilan de 2 ans d’action


La région de Mouang Ngoi est en voie de développement. Depuis 1998, date à laquelle les 2 premiers touristes Australiens sont passés une semaine, les touristes affluent à raison d’une vingtaine par jour.

La frontière Vietnamienne au niveau de Dien Bien Phu s’est ouverte aux touristes en juin 2007, laissant penser que la Nam Ou (passant par Mouang Ngoi) pourrait devenir une des voies d’accès privilégiée en direction de Luang Prabang, la ville figurant au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

Les 3 premiers mois se sont soldés par le passage d’une centaine de touristes. Bien peu finalement… pour l’instant. Les exemples de Vang Vieng et de Pakbeng, villages qui se sont développés par un afflux de touristes en transit pour Luang Prabang, donnent à penser qu’il existe un risque certain, économique, écologique, social, culturel dans cette région.

I – Tour d’horizon

1) Mouang Ngoi

Si Mouang Ngoi ne fait pas à proprement parler partie de notre champ d’actions(comparativement, ce village est riche, ses besoins directs sont moins importants que les villages plus pauvres, plus éloignés), il n’en reste pas moins que ce village de près de 1000 habitants impacte beaucoup sur le reste de la région. - centre économique (avec un afflux de touristes important s’est développé des activités rentables),
- centre de soin (présence de pharmacies, et de médecins pouvant exercer au moins des soins basiques),
- carrefour d’échange (les produits à vendre sont nombreux, et l’accès à la rivière menant à Luang Prabang offre un débouché pratique pour les produits locaux),
- pôle éducatif puisque l’on a ici une école secondaire, des professeurs nombreux et assurément mieux formés que dans les villages perchés
- centre de communication avec l’arrivée récente (voici 1 an) du téléphone par satellite

Les problèmes que rencontre Mouang Ngoi affectent logiquement toute la région. Il était donc nécessaire pour l’AFANL de faire un point sur ceux-ci :

a) Démographique

Mouang Ngoi est un village qui grossit rapidement, et dont la pyramide des âges change
- +30% en 2 ans. Cette explosion démographique récente n’est pas du à une natalité importante, mais à une délocalisation de villages proches qui se dépeuplent en faveur du grand et riche village de Mouang Ngoi ; ce fut le cas de Ban Nakan, dont les 300 habitants partirent voici 2 ans pour s’installer dans les faubourgs du mégavillage.
- Les jeunes ont tendance à venir à la ville, étudier d’abord, travailler ensuite. Cet exode rural est amorcé, majoritairement vers Luang Prabang, et accessoirement vers Vientiane.

b) Economique

- Une concurrence accrue : le nombre de guesthouses à Mouang Ngoi n’a jamais été aussi élevé, la capacité d’accueil étant environ 5 fois supérieure au pic d’affluence des touristes (en janvier et février). 90% des guesthouses se présentent sous la forme de bungalows dont les prix excèdent rarement les $2. Pour se différentier, les guesthouses proposent de plus en plus d’électricité acquise grâce à des générateurs au pétrole.
- Pas d’optimisation des ressources touristiques : 10% des guesthouses offrent un confort supérieur, avec des douches et toilettes privatives, et parfois de l’eau chaude obtenue par des chauffe-eau solaires. Les bâtiments (souvent construits en partie en béton), leur localisation (sans vue), leur confort (relativement rudimentaire, sans décoration réelle), n’est pas suffisant pour que les prix soient plus élevés que $6. Ce type de guesthouses se développe actuellement. La première date d’il y a 3 ans, depuis ce sont 2 guesthouses « de luxe » qui se sont ouvertes, comptabilisant une quinzaine de chambres.
- Fuite des revenus : l’arrivée des générateurs gourmands en pétrole (1h d’électricité coûte $1, et les guesthouses se doivent aujourd’hui de proposer 3h par jour de cette fée dépensière), du téléphone satellite dont les tarifs de communication sont prohibitifs pour les locaux, provoquent « une fuite des ressources financières » vers les centres urbains.
- Aucune économie autre que celle des guesthouses, restaurants et agences de tourismes. Pourtant, il pourrait aisément s’y développer un petit artisanat à destination des touristes et des locaux.

c) Alimentaire

Mouang Ngoi et sa région accueillent chaque année un certain nombre de touristes dont les habitudes alimentaires ne sont pas les mêmes que les Laotiens. Traditionnellement et culturellement, ces derniers ont une alimentation basée le riz collant. Les touristes, eux, mangent en quantité industrielle de la viande. Aucune structure d’élevage n’est actuellement mis en place, notamment autour du poisson qui devient de plus en plus difficile à trouver au vu de la pêche intensive qui se pratique maintenant, avec des filets aux mailles de plus en plus petites.

2) Houi Sen

Situé à 3 heures de marche de Mouang Ngoi, Houi Sen est un petit village de 284 habitants. Avec ses 33 maisons, sa petite école comptant 2 professeurs pour 40 écoliers, ce village est l’un des lieux de passage des trekkers se dirigeant vers le cimes.

Jusqu’alors, bien peu de touristes sont restés y dormir sur les 300 à 400 qui le traversent chaque année. Depuis juillet 2007, le gouvernement a construit une guesthouse de 3 chambres, de manière à consolider les structures économiques en place, de manière aussi à démontrer au village qu’il fait tout aussi bien de rester là où il est plutôt que de venir agrandir Mouang Ngoi comme il en était question un moment. Cette guesthouse construite en bois peut accueillir 6 personnes ; ses revenus sont censés servir à tout le village, mais la réalité montre que les bungalows existants et entretenus par une des familles du village sont ceux requis lors de séjour dans le village.

L’eau manque. Si le gouvernement a investi quelques 2500 USD pour construire la guesthouse, les canalisations nécessaires à l’arrivée de l’eau dans le village n’ont pas été posées. Ce sont ainsi 650 mètres que doivent faire les habitants pour trouver une eau de source. Le coût total de l’arrivée de l’eau dans ce village s’élève à 500 USD.

La boîte rouge, nouvellement posée, a rapporté 30 USD en 3 mois. Grâce à l’AFANL, le village a pu recevoir dernièrement un peu de matériel scolaire (des livres, des cahiers, des stylos), ainsi que 4 triplettes de pétanque.

3) Kiew Kan

C’est après 6 heures de marche qu’on arrive dans ce village Khamou perché en haut d’un mont difficile d’accès.

Récemment, ce village de 181 habitants s’est vu attribuer l’eau par l’UNICEF ainsi qu’un petit système hydro-électrique. Dans ce village, la boîte rouge posée voici 2 ans a permis de récolter 500 USD de donations, qui ont servi pour :
- 100 USD à la construction de 3 bungalows en bambou à l’extérieur du village (position appréciée par certains touristes ne désirant pas forcément vivre chez l’habitant).
- 120 USD à l’achat d’un buffle à l’occasion de la fin des travaux de l’UNICEF, pour les remercier.
- 100 USD ont déjà été prêté à Bounpheng pour des soins et des médicaments dont il avait besoin Le reste est à la disposition des villageois qui peuvent emprunter au taux usurier de 2% (taux décidé par le village)

La première nécessité est l’école, dont l’état est déplorable. Le plus important serait la réfection du toit, qui idéalement requérrait des panneaux en tôle ondulée (coût 300 USD). Ensuite, le dallage en béton permettrait une meilleure assise du bâtiment, qui pourrait fermer pour éviter les animaux, la poussière et les insectes de venir trop facilement polluer la classe donnée aux 24 élèves (coût : 1500 USD). Du matériel scolaire pourrait précédemment être acheté : tableaux noirs (30 USD), tables et chaises (300 USD).

Lors de son passage, l’AFANL a remis au village 4 triplettes de pétanque.

4) Atsapeui

Ce village Khamou a bien du mal à appliquer les quelques règles proposées par l’AFANL en ce qui concerne la localisation de la boîte rouge (difficile à trouver, et qui en conséquence ne rapporte que bien peu par rapport aux autres villages), et surtout en ce qui concerne la propreté du village et la gestion des déchets (le tri des sacs plastiques comme à Sopchem est préconisé depuis plus de 2 ans, sans résultat).

Cette fois-ci, nous avons été un peu plus autoritaire que d’accoutumée, menaçant le retrait pur et simple de la boîte rouge et l’arrêt de toute collaboration.

5) Sopchem

Dans ce village Khamou / Loum toujours aussi bien entretenu, le tri des déchets est appliqué depuis 1 an. La masse de plastique est maintenant telle qu’elle nécessite d’être déplacée vers Luang Prabang pour y être retraitée.

Le sujet de la guesthouse est depuis 1 an un des sujets de discussion majeurs. L’AFANL avait recommandé l’édification de 2 bungalows
- sur un terrain à proximité du village, mais légèrement à l’extérieur (à 10 mètres de l’enceinte), afin que le bruit des voyageurs parfois noctambules ne trouble pas la paix du village
- dotés de toilettes et de douches
- avec vue sur la rivière Nam Ou puisque le point de vue est des paramètres principaux des touristes de passage
- disposant d’un petit jardin bordé de plantes et surtout de fleurs, peu nombreuses dans les villages (les bougainvilliers par exemple, plante qui pousse parfaitement sous cette latitude), de hamacs ou de chaises longues
- étant donnés le confort et l’extraordinaire emplacement des bungalows, les prix seraient fixés dans la fourchette haute (10 USD)
- 50% du chiffre d’affaire reviendraient à la boîte rouge (c’est-à-dire à la communauté dans son ensemble), et 50% à partager entre le propriétaire du terrain et l’exploitant des lieux

Pour édifier ces 2 bungalows, l’AFANL avait laissé entendre qu’elle sponsoriserait par l’intermédiaire de 2 donateurs à hauteur de 1000 USD.

Depuis le dernier passage de l’AFANL, l’ancien chef du village a pourtant désiré construire un bungalow, dont il a fait 2 petites chambres insalubres, ternes, sans charme, petites (moins de 4 m2) qui n’a toujours pas accueilli un seul touriste.

6) Ban Na

L’AFANL n’a pas pu passer par ce village cette fois-ci. Ce sera le fait de septembre.

II – Les actions à mener

1) Collecte d’habits et de jouets

Déjà engagée à Luang Prabang, il s’agit de sensibiliser les habitants de la grande ville à ne pas jeter mais plutôt transmettre aux plus défavorisés. Des centaines d’habits et de jouets ont ainsi rejoint les différents villages aidés par l’AFANL.

Il s’agirait de plus médiatiser à Luang Prabang cette action afin de « garantir » une collecte plus régulière sur place.

2) Les panneaux solaires

Lors de notre dernier passage, nous avons discuté avec quelques locaux possédant des générateurs sur l’opportunité éventuelle de remplacer ces machines bruyantes, coûteuses et polluantes par des systèmes électriques alimentés par le solaire. S’inspirant d’une expérience menée en Amérique du Sud (80 hommes pour changer le monde, éditions Jean Claude Lattès, p 199 – De la bougie au solaire – Rosa Fabio – IDEAAS – Brésil), l’AFANL commence à étudier la possibilité de louer des systèmes autonomes pour un prix inférieur au prix de revient actuel.

3) Création de potagers

Les villages de cette région ne peuvent prétendre consommer d’autres fruits et légumes que ceux trouvés dans la jungle et la forêt alentour. Source de vitamines, source aussi de revenus (les restaurants seraient susceptibles de se fournir aux villages alentours), l’AFANL s’est fixée pour 2008 la création de plusieurs potagers, avec notamment des plantes nouvellement introduites : radis, poireaux par exemple, et ultérieurement (nos essais sont concluant) le romarin.

4) Trousse de première urgence dans chaque village

Les blessures légères qui s’infectent et ont parfois des conséquences désastreuses (provoquant parfois directement ou indirectement des handicaps voire la mort) font partie des problèmes qui pourraient facilement être sinon éliminés du moins en partie endigués.

Pour 100 USD par village (cotisation de la part des villages via les dons déjà reçus par les boites rouges), l’AFANL désire équiper chaque village d’une armoire à pharmacie permettant de dispenser quasiment gratuitement (la gratuité totale pourrait avoir des effets pervers) des soins nécessaires dans les cas les plus faciles à diagnostiquer.

Les boîtes à pharmacie contiendraient :
- des bandages, des pansements, des sparadraps ;
- des clips de fixation de bandes ;
- de la Bétadine et de l’hexomédine ;
- deux paires de ciseaux ;
- des anti-inflammatoires ;
- des anti-douleurs (paracétamol).

5) Tri des déchets, suite

L’AFANL a déjà mis en place le tri des déchets, en 2 compartiments : les plastiques d’un côté, et tout le reste de l’autre. Il s’agirait maintenant, pour les villages accoutumés au tri de séparer en 3 les déchets, pour dégager les déchets organiques pouvant être utilisés pour faire du compost.

Pour la première fois, l’AFANL va rapporter les déchets à Luang Prabang. Ce sont quelques dizaines de kilos de déchets qui ne termineront pas dans la rivière.

6) introduction de lapins

Les lapins se reproduisent vite et donnent une chaire goûteuse qui est bien peu utilisée au Laos. Ils produisent un engrais supérieur en qualité à celui produit par les cochons, les poules ou les bœufs. Bien que pouvant s’avérer dangereux à cause même de leur rapidité de reproduction, et difficile à maintenir dans un espace clos (la création de clapiers est nécessaire), ce qui a été lu sur le sujet porte à croire que cette espèce, déjà un peu introduite, soit organisée un tant soit peu dans des villages qui pourraient aisément les élever.

La procédure à suivre peut être décrite de la manière suivante :
- La première action fut de traduire en Français un texte historiquement en anglais, et de la faire ensuite traduire en Lao
- Se renseigner sur les expériences passées, si elles existent de « fermes de lapins » au Laos
- Construire des clapiers, ou selon les rites des ethnies (certaines ne voudront peut-être pas enfermer dans de petites cages les lapins), un enclos.
- Durant ce temps, chercher quelques triplettes (il faut idéalement 2 femelles pour un mâle, de familles différentes)
- Introduire les premiers lapins, et attendre qu’une première génération donne des petits. On pourra attendre comme cela 1 an ou plus pour obtenir un nombre important de reproducteurs…

7) démarrage de l’apiculture à Mouang Ngoi

Les premières ruches ont été confectionnées, et 3 seront prochainement déposées dans un des villages alentours.

Une association catholique s’est chargée de prendre en charge la formation de locaux, et l’AFANL achète les ruches et se charge prochainement de réaliser un CD sur la capture des essaims et la maintenance des ruches.

mise en ligne le jeudi 6 septembre 2007 , par Ben’o’laos Ben'o'laos .


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